L'adieu à Claude VINDRIER

 

Il allait fêter ses 90 ans cet été. Claude VINDRIER nous a quittés ce mardi 15 mars.

Né le 28 juillet 1926, Claude était une figure de Saint Romain la Motte où, installé depuis 1960 dans la commune sur ses terres agricoles avec son épouse Marie Thérèse, il mena une vie de lourde labeur. Ancien déporté au camp de SOEST durant les évènements de 1944, et porte drapeaux pour les commémorations dans la commune, il avait été honoré à ce titre le 10 août dernier et médaillé par la municipalité de Renaison. Claude savait raconter avec passion et émotion ces moments difficiles de sa vie et savait captiver en toute modestie son public avec ses récits pleins d'anecdotes. Acteur très actif dans les associations locales de la commune (sou des écoles, boules) on garde de lui l'image d'un home courtois. L'hommage rendu par une foule nombreuse à ses osèques vendredi en est le rémoignage. Il laisse dans la peine ses 5 enfants, 15 petits enfants et 3 arrières petits enfants, une grande famille déjà endeuillée par la perte de Michel en 2009, fils du couple.

Cérémonie du 11 novembre 2015

(illustrations par les enfants de l'école)

Lettre d'André Fribourg au journal l'Opinion, 1915

 

Voilà près d'un mois que je ne me suis ni déshabillé, ni déchaussé ; je me suis lavé deux fois : dans une fontaine et dans un ruisseau près d'un cheval mort ; je n'ai jamais approché un matelas ; j'ai passé toutes mes nuits sur la terre. On dort un quart d'heure de temps en temps. On dort debout, à genoux, assis, accroupis et même couché. On dort le jour ou la nuit, à midi ou le soir. On dort sur les chemins, dans les taillis, dans les tranchées, dans les arbres, dans la boue. On dort même sous la fusillade. Le silence seul réveille.

Lettre de Jean de Pierrefeu à un ami, 1914

 

Voici comment se passent nos nuits. A 8 heures 1/2, la canonnade s'arrête peu à peu. Le silence règne enfin. On entend les pas des soldats, les roulements des caissons de ravitaillement. Défense d'allumer des feux. On mange froid et l'on se couche, à même le sol. On dort tout équipé. Pas de couverture. Des loques humaines couchées en désordre. Une heure du matin. Bing ! Un coup de feu. Bing ! un autre coup. Une fisillade éclate. L'ennemi attaque comme toutes les nuits, pour nous fatiguer. Quel réveil de chauchemar.

Lettre d'Adolphe Wegel, 1915

 

Notre tranchée a une longueur de 100 mètres. Elle est profonde d'un mètre et la terre a été jetée devant, si bien que l'on peut passer debout sans être vu. Elle est très étroite et par endroits, on a creusé plus largement pour pouvoir se croiser quand on se rencontre. Dans le fond, on creuse de petites caves où un homme peut se coucher pour se protéger des obus.

Lettre d'Etienne Tanty, 1915

 

Je viens de déjeuner, mais qu'est-ce qu'une demi-boule de pain pour une journée ! J'en ai mangé la moitié et j'ai encore plus faim. Rien que le matin, il me faudrait la boule entière ! Le froid aiguise terriblement l'appétit et, ne pouvant le satisfaire, on est obligé de se recoucher.

Lettre de Jean de Pierrefeu à un ami, 1914

 

A deux heures et demie, un aéroplane allemand survole nos positions. Nous étions repérés et vingt minutes après, le premier obus éclatait à six pas de moi. J'ai été souvelé, projeté à cinq mètres, tout le corps anéanti, couvert de sang. Je me suis levé, abruti, incapable d'articuler un son et j'ai marché. Des hommes étaient couchés sur la route, morts. J'ai courru. Quelle grêle d'obus ! J'en entends un au-dessus de moi, je me lance dans la tranchée, il éclate à un mètre, je me relève, je pars à nouveau. Je me disais : jamais je n'arriverai à l'ambulance. Ah ! Mon ami, que c'est laid la guerre moderne.

Auxence Guizard, 1916

 

Hier, je vous ai rassuré en vous disant que mon régiment était relevé des tranchées et je ne vous ai pas donné d'autres détails. En ce moment on est en réserve dans les baraquements et j'ignore s'il faudra à nouveau monter en ligne. Enfin, on a peur. Je suis pour le premier départ à partir en permission mais il ne faut pas m'attendre maintenant car je crois qu'elles seront encore suspendues un moment. Il y a beaucoup de Poilus qui se font évacuer pour pieds gelés. Quant aux miens, ils ne veulent pas geler malheureusement car je voudrais bien une évacuation aussi.

Lettre du Dr Martin-Laval à sa soeur

 

Tu ne saurais croire l'héroïsme de nos soldats. Hier devait avoir lieu l'attaque d'une tranchée allemande. Au signal, les lieutenants s'élancent en criant : "En avant !", "A l'assaut !", "Pour la France !", et l'un d'eux entonne La Marseillaise. Derrière eux, toute la section. Quel élan, quel enthousiasme pour ces hommes qui savent pourtant qu'ils n'ont aucune chance. Les lieutenants meurent, frappés à la tête. Les soldats tombent à leur tour impossible d'avancer. Les vivants se couchent et tentent d'amonceler de la terre devant leur tête pour se protéger des balles. Le commandant leur fait dire de se replier. Hélas, on ne peut ni avancer, ni reculer. Il faut attendre la nuit. Au soir, un blessé me dit : "Ce qu'il faut souffrir pour la France".

Lettre d'Etienne Tanty, 1914

 

J'ai le cafard. Voilà six mois que ça dure, six mois, une demi-année qu'on traîne entre la vie et la mort, cette misérable existence qui n'a plus rien d'humain ; six mois sans espoir. Pourquoi tout ce massacre ? Est-ce la peine de faire attendre la mort si longtemps à tant de millers de malheureux, après les avoir privés de vie pendant des mois. Nous devenons des brutes. Je le sens chez les autres, je le sens chez moi. Je deviens indifférent, sans goût, j'erre, je ne sais quoi faire.

Lettre d'André Fribourg au journal l'Opinion, 1915

 

La pluie approche. Une goutte tombe sur mon képi. Après une heure, le pluie redouble : c'est l'averse. Accroupis dans la tranchée, nous attendons. L'uniforme s'imprègne brin à brin. Après trois heures, je sens comme un doigt froid sur ma chair. C'est l'eau qui pénètre. Manteau, veste, chandails, chemise ont été traversés. Après quinze heures, il pleut. La nuit froide glace l'eau dont nous sommes revêtus. Après vingt-quatre heures, il pleut. La canonnade redouble. Je me baisse, je me couche au fond de la tranchée, dans l'eau. Après deux jours, il pleut.

Elise Bidet qui écrit à son frère, 1918

 

Enfin, c'est fini, on ne se bat plus ! On ne peut pas le croire et pourtant c'est vrai ! C'est la victoire comme on ne l'espérait pas au mois de juin dernier. Ici, à Paris, on l'a su à 11 heures par le canon et les cloches, aussitôt tout le monde a eu congé partout. Aussitôt les rues étaient noires de monde. Toutes les fenêtres pavoisées, jamais je n'ai tant vu de drapeaux et de toutes les couleurs alliées, le coup d'oeil est magnifique.